Le désordre géopolitique contemporain : du « choc des civilisations » au « choc des messianismes »
Thèse de doctorat en science politique — Université Abdelmalek Essaâdi, 2018. Publiée en 2019.
La question de départ
Face à la radicalisation violente, les États agissent surtout sur ses conséquences, en premier lieu le terrorisme. Les réponses sont d'abord sécuritaires, militaires et judiciaires. Elles sont nécessaires, mais elles traitent rarement les causes du désordre mondial qu'elles cherchent à contenir.
L'hypothèse
De nombreuses études montrent que la radicalisation naît souvent de l'accumulation de frustrations socio-économiques, politiques et identitaires que les individus ne parviennent plus à surmonter. Les mouvements extrémistes, sunnites comme chiites, exploitent ce vide : ils offrent espoir, dignité, honneur, identité, et jusqu'à la promesse du salut.
Leur propagande repose sur un registre que les analyses occidentales prennent peu au sérieux : l'eschatologie. Elle prépare ses combattants à la « Malhama », la bataille de la fin des temps, équivalent de l'Armageddon dans la tradition chrétienne.
L'apport de la thèse
La thèse montre que ce registre n'est pas propre à l'islam radical. On retrouve des courants messianiques dans les trois traditions monothéistes : chez certains radicaux juifs, et chez certains courants évangéliques qui apportent un soutien inconditionnel au projet du « Grand Israël » et à la reconstruction du Temple, au risque de remettre en cause le statut des lieux saints de Jérusalem, dont la mosquée Al-Aqsa.
Ces courants, minoritaires mais influents, partagent une même logique : hâter la fin des temps et entraîner les civilisations dans une confrontation qu'ils jugent inéluctable. Au « choc des civilisations » décrit par Samuel Huntington, la thèse propose de substituer une autre grille de lecture : le « choc des messianismes ».
Les enseignements
À l'heure des armes de destruction massive, laisser prospérer ces logiques eschatologiques fait peser un risque majeur sur la paix mondiale. La thèse plaide pour des politiques qui traitent les causes de la radicalisation (exclusion, injustice, crise identitaire) et pour une meilleure prise en compte du facteur religieux dans l'analyse géopolitique.
